Service civique : croit-on dissuader les aspirants djihadistes avec des power points ringards ?

Posted by Guillaume Bigot |28 Juin 16 | 0 comments

Service civique : croit-on dissuader les aspirants djihadistes avec des power points ringards ?

Par Eléonore de Vulpillières

       Publié sur

figarovox

FIGAROVOX/ANALYSE – Dans ses vœux à la jeunesse, François Hollande a annoncé notamment sa volonté de promouvoir le service civique et d’allonger «la journée défense et citoyenneté». Guillaume Bigot prône un service militaire obligatoire étendu aux filles.


Guillaume Bigot est essayiste. Il est le co-auteur avec Stéphane Berthomet de Le jour où la France tremblera paru en 2006 aux éditions Ramsay. Il est membre du Comité Orwell. Le retrouver sur son site.


LE FIGARO. – Le président de la République a annoncé sa volonté de promouvoir le service civique, notamment en augmentant le budget à hauteur d’au moins un milliard d’euros (contre 300 millions auparavant). Une mesure suffisante?

Guillaume BIGOT. – On passe d’une journée d’appel à la possibilité d’une semaine de formation à la défense, c’est un volontarisme de saut de puces!

Le président nous avait expliqué que la guerre civile valait bien une dette. 1 milliard… La mobilisation de la jeunesse au service de la nation vaut donc 300 fois moins que le remboursement de la dette (plus de 300 milliards par an). Le président redoute trois cents fois plus nos débiteurs que la radicalisation des jeunes. Mauvais calcul.

Dans le projet présenté par le chef de l’État, le service civique (de plusieurs mois) et ses différentes déclinaisons militaires ne s’adressent qu’à des volontaires. On ne fâche personne. Les volontaires sont pourtant ceux qui ont le moins besoin d’apprendre à s’engager. Les voeux de François Hollande à la jeunesse ne rompent nullement avec le caractère indépassable du «bon plaisir» individuel.

Le refus de rétablir un service militaire obligatoire montre également que l’Élysée continue de penser que la riposte armée face au terrorisme pourra rester l’affaire des professionnels.

Le soir du 13 novembre et dans les semaine qui ont suivi, on a pourtant senti que les forces de l’ordre pouvaient être saturées, qu’il s’agisse de troupes de choc ou de celles destinées à sécuriser les lieux publics. À l’heure où il faudrait réarmer moralement et physiquement la nation, les annonces du président sont donc très loin du compte.

Les mesures concernant l’allongement de la journée défense et citoyenneté ou le développement d’un parcours citoyen vont-elles dans le bon sens?

De tels gadgets heurtent le bon sens et nous enfoncent même dans le non sens.

Une journée d’appel était suffisante pour procéder à un recensement mais insuffisante pour créer un esprit d’appartenance, d’égalité et de fraternité au sein d’une classe d’âge, une semaine ne le sera pas plus. Croit-on qu’un jeune séduit par l’idéologie du djihad va se rallier à la République après une semaine passée, bouclé dans un fort, à regarder défiler des power points ringards? C’est une totale ineptie.

Un parcours citoyen? Philippe Muray aurait hurlé de rire. Après le Bataclan, plus personne n’a pourtant envie de rire. L’infographie officielle présentant ce fameux parcours citoyen semble indiquer que «l’amour sacré de la patrie» sera transmis au moyen de quelques formations et animations socio-culturelles pour «comprendre le pluralisme des opinions et des convictions». Les termes employés par le gouvernement en disent long sur la valeur toute relative de ce que l’on entend ainsi «faire comprendre» et non transmettre ou inculquer. Le contresens est à peu près total puisque la radicalisation d’une partie de la jeunesse exprime une soif d’idéal et de convictions. Une cause fondée sur des certitudes, un cadre qui transcende le matérialisme et l’individualisme, en exaltant l’héroïsme, voilà ce qui séduit dans le poison islamiste. Pour agir, l’antidote doit comporter les mêmes ingrédients. On n’en retrouve aucune trace dans la soupe clairette servie par le président. À travers ces «dispositifs» (pour reprendre les termes de cette novlangue), la nation devient une idée froide, un idéal en creux qui consiste à permettre à tous les idéaux de s’exprimer. La République se trouve réduite à une pure forme. Il faut lui redonner un contenu pour réveiller les sentiments. On ne tombe pas amoureux d’une personne morale.

Au primaire et au collège, réécrire un roman national (qui sans trahir les faits saurait susciter un sentiment de fierté et d’appartenance) et rétablir l’éducation civique et morale (une morale adaptée à notre époque et à nos mœurs mais une morale tout de même), voilà ce qui pourrait enrayer la dynamique communautariste et le règne du «tout, tout de suite». Après le bac, le même objectif devrait être poursuivi grâce au rétablissement d’un service national militaire, obligatoire et universel. La jeunesse se retrouverait ainsi, sans distinction d’origine, ni de religion, sous un même drapeau. Jeunes banlieusards et enfants des beaux quartiers porteraient le même uniforme et seraient placés dans un même cadre. Dans identité, il y a identique. Il faudrait que ce service exclue tout passe droit et soit étendu aux filles. Certaines devraient ainsi retirer leur voile, au moins pendant quelques mois. La fascination exercée par les armes et la discipline militaire sont telles que trois à quatre mois de classe suffiraient à transformer nos jeunes en Français prêts à se battre pour défendre la liberté, l’égalité et la fraternité.

Le rétablissement du service militaire semble-t-il envisageable et souhaitable? Le service militaire volontaire ou le service militaire adapté, qui existe déjà, touche un nombre très réduit de jeunes (moins de 10 000)…

Une majorité de ceux qui sont aujourd’hui favorables à son rétablissement était très hostile au service militaire au moment de leur incorporation et je sais de quoi je parle. Faut-il d’ailleurs n’offrir à la jeunesse que ce qu’elle veut? Lorsque vous n’imposez plus rien, vous ne croyez plus rien. Et lorsque vous ne croyez plus rien, vous n’avez plus le ressort pour vous défendre. D’un côté, des fanatiques ultras violents et de l’autre, des zombies ultra tolérants et apeurés. Le fanatisme des premiers se nourrit du relativisme des seconds. La peur des uns excite l’agressivité des autres.

Il suffit d’une poignée de loups pour effrayer un troupeau. Une société apte à se défendre suscite moins d’agressivité de la part de ses ennemis.

L’être humain est violent, comme il est sexué. La civilisation ne fait pas disparaître les instincts, elle ne peut que les sublimer. Nier ces instincts, particulièrement impérieux à l’adolescence, ne peut que créer une majorité de frustrés obsédés et une minorité de maniaques ultra dangereux. Le déferlement d’hémoglobine virtuelle chez quasiment tous les ados et le passage à l’acte (c’est-à-dire, le passage de l’autre côté de l’écran lorsque l’on joue à GTA) chez une minorité trouvent ici leurs origines. Cachez ce goût pour la violence que je ne saurais voir. On fait comme si cette pulsion de mort n’existait pas, aucun rite initiatique permettant de la civiliser n’est organisée. Or, un service civique, même obligatoire, s’avérera incapable de transformer ces pulsions agressives en forces, canalisées et socialement utiles. Seul un service militaire pourrait y parvenir.

Serait-il concrètement possible de le rétablir?

Juridiquement, bien sûr, il n’est que suspendu et un décret y suffirait. Sur un plan matériel, au moins une année serait nécessaire pour recruter et former les sous-officiers et officiers destinés à encadrer les recrues.

Politiquement, ce rétablissement est non seulement possible mais il aura lieu sous la pression des événements. Le site du ministère de la Défense le rappelle: «Malgré la suspension du service national, l’appel sous les drapeaux demeure, en droit, possible à tout moment, en cas de conflit armé majeur.» Nous n’en avons hélas pas fini avec les djihadistes. Des barbares font couler le sang, des imbéciles pourraient demain leur répondre en s’attaquant à des mosquées. Disposer de troupes en nombre ne sera pas inutile pour prévenir et, au besoin, contenir des troubles graves à l’ordre public. Ne pas recréer un ciment national maintenant, c’est risquer de se réveiller avec une guerre civile demain. Si vis pacem…


No Responses

Leave a Reply