Quand Yann Moix se rêve en Zola

Posted by Guillaume Bigot |01 Mar 18 | 0 comments

Quand Yann Moix se rêve en Zola

French journalist and writer Yann Moix takes part in a march in Paris, on March 25, 2012. This demonstration was called by human rights associations following the recent shooting of seven people by self-proclaimed Islamist Mohamed Merah in Toulouse's area. Abdelkader Merah, the older brother of Mohamed, was presented on March 25, to a Paris judge to face charges. The banner reads : "United Republique agains antisemitism and terrorism. AFP PHOTO /JOEL SAGET / AFP PHOTO / JOEL SAGET

 

FIGAROVOX/TRIBUNE – Guillaume Bigot reproche à Yann Moix de faire mine d’ignorer les véritables enjeux de l’immigration clandestine, et de comparer l’incomparable. Dans une lettre ouverte au président de la République publiée dans Libération dimanche, l’écrivain avait reproché à Macron des bavures policières commises à Calais.

Guillaume Bigot est directeur général du groupe Ipag Business School, essayiste et membre du club souverainiste Les Orwéliens.

À la lecture de la lettre stupéfiante que Yann Moix a adressée au Président de la République, on se frotte les yeux avant de se remémorer la célèbre réplique de Michel Audiard: «les cons, ça ose tout et c’est même à cela qu’on les reconnaît».
Car de deux choses l’une: ou bien son auteur est sincère et sa missive est consternante, ou bien il est cynique et sa prose est odieuse.
Le chroniqueur de Ruquier aurait été touché par la détresse des migrants. Admettons. Le romancier aura été choqué par la rudesse des CRS. Soit.
On était pourtant en droit d’attendre d’un écrivain qu’il aille au-delà d’un sentimentalisme béat. Yann Moix aurait pu rappeler que les Britanniques endossent la principale responsabilité dans l’installation de la jungle de Calais et dans les regrettables évènements qui s’y déroulent.
Notre «grand reporter» aurait également pu préciser que la majeure partie des «exilés» ne demandent pas l’asile mais un travail.
Or, l’immigration n’est pas un enjeu moral mais économique.
On croyait lire Jaurès, on tombe sur Friedman.
Lorsqu’un pays est au plein emploi, il peut ouvrir ses frontières, en enrichissant tous ses habitants. En revanche, si elle laisse rentrer des centaines de milliers de réfugiés économiques, une nation qui présente un taux de chômage élevé s’exposer à une baisse quasi certaine des salaires ou de l’emploi.
Soutenir la cause des «sans-papiers» n’est donc pas neutre.
Certes, Yann Moix aura d’abord voulu pousser un cri d’indignation face au sort réservé aux «migrants». Cependant, il est difficile de croire que l’écrivain a rédigé son «J »Accuse» en faisant fi du contexte social.
Moix est trop finaud pour ignorer les présupposés de son discours larmoyant qui visent, au fond, à transformer le «migrant» en prolétaire des temps post-modernes, appelé à sanctifier la mondialisation et à laver des crimes de la colonisation. On croyait lire Jaurès, on tombe sur Friedman.
Yann Moix a certes le droit de s’indigner face aux mesures énergiques de rétablissement de l’ordre ordonnées par Macron. Cependant, le romancier omet de rappeler la situation intolérable qui prévaut sur place, tant pour les riverains, pour les usagers de la voie publique que pour les migrants eux-mêmes.
Beaucoup de ces «inoffensifs» voyageurs sont des hommes jeunes qui adoptent parfois des comportements ultra-violents, se battant entre eux, agressant les habitants, bloquant les routes et tentant, nuit et jour, d’arraisonner les véhicules. Comme l’explique le Maire de Calais, certains clandestins mettent leur propre vie en danger ainsi que celle d’autrui. C’est dans ce contexte dégradé que des consignes de fermeté ont été données. Que préfère Yann Moix? Tendre un mouchoir à un migrant qui a les yeux irrités par une grenade lacrymogène ou ramasser son cadavre sur l’autoroute lorsqu’il sera tombé d’un camion? On écoutait Zola, on entend Pangloss.
Mais le plus inacceptable n’est pas là. Il réside dans l’utilisation que fait Moix dans sa vidéo d’images et de termes évocateurs de crimes de guerre ou de crimes contre l’humanité.
Yann Moix a filmé la suite de Bienvenue chez les Cht’is. En Corée du Nord.
L’argument du gaz, par exemple, est proprement insoutenable sur un plan symbolique. Les gaz utilisés par les CRS sont des gaz irritants et ne représentent aucun danger. Filmer des clandestins toussant et crachant, c’est chercher à réveiller dans l’inconscient du spectateur des images atroces, celles des suppliciés des chambres à gaz ou des civils bombardés avec des munitions chimiques en Syrie.
De même, les scènes de gendarmes ou de CRS, soulevant les bâches de poids lourds et recherchant des hommes dissimulés pour passer en Grande-Bretagne sont destinées à produire le même haut le cœur anachronique. Des Français en uniforme traquant des civils coupables de ne pas être de chez nous… Moix semble avoir fixé un filtre Nuit et Brouillard sur sa caméra.
Comparer le sort de migrants bousculés par des forces de l’ordre d’une nation démocratique à celui d’hommes, de femmes et d’enfants exterminés à raison de leur conviction, de leur appartenance religieuse ou ethnique n’est pas une diffamation, c’est une abjection.
Mal inspiré par le chef d’œuvre de Jacques Lanzmann, Yann Moix a filmé la suite de Bienvenue chez les Cht’is. En Corée du Nord.


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